Elle s'avoue garçon manqué qui, on ne vous ment pas, rêvait de devenir portier mais qui a été fourvoyé sur le chemin de la comédie à l'âge de 10 ans - et seulement "à contre coeur", dit Katherine Moennig, sirotant une Corona à la bouteille après une représentation dans un pub peu éclairé sur le Bowery.
Elle a fait ses débuts convainquaints en mi-dragqueen en tant que Christopher Robin dans une production théâtrale pour enfants de "Winnie l'ourson" à Philadelphia et, prématurément à l'aise avec son androgynie intérieure, elle est passée au rôle d'une adolescente se faisant passer pour un garçon dans "Young Americans" sur la WB et une transexuelle dans "Law & Order" avant d'incarner le rôle qui l'a fait connaître, Shane McCutcheon, une séductrice coureuse de jupons, dans le mélodrame lesbien aux allures "soap" de Showtime, "The L Word". Maintenant, à 28 ans, elle fait ses débuts à Off Broadway - finalement et anxieusement - en tant que, cerise sur le gâteau, une hétéro péquenaude dont la libido lui a causé énormément de soucis en Irak. Une dose d'infamie internationale s'en suit.
Portant un jeans déchiré moulant et un veste de velours Gucci, qui colle à sa silhouette anguleuse telle une seconde peau, Melle Moennig, qui possède la structure osseuse et le métabolisme d'une gazelle, une moue angélique et une toux de fumeuse (son dernière rôle exige quelques bouffées nerveuses), n'a pas l'air d'être une à surpasser la guerre des sexes. Surtout lorsqu'elle étouffe la coupe de cheveux ébourriffée qui est la caractéristique de Shane sous une casquette tricotée à taille unique. Le tatouage d'un violon - elle se l'est fait faire le lendemain du décès de son père, William, un luthier renommé, il y a deux ans - qui orne le bas de son dos n'est pas visible non plus.
"Je ne pense que je ressemble à un garçon, mais je ne pense pas que l'androgynie soit si mauvaise," dit Melle Moennig. C'est peut-être la meilleure attitude à avoir après avoir été catégorisée comme type androgyne classique par un Hollywood conscient des étiquettes.
"Appellons un chat un chat: quand les gens me regardent, ils disent 'Oh, c'est l'androgyne.'", ajoute-t-elle. "Je peux vous dire quel type de personnages on ne m'offrira jamais là-bas," dit-elle, faisait référence à Los Angeles, où elle habite avec sa paire de chiens qui font le trajet avec elle jusqu'à Vancouver pour le tournage de quatre mois par saison de "The L Word". "La femme fatale. Ou une pauvre blanche du sud des USA." Même pas une excentrique.
C'est pourquoi elle a sauté sur l'occasion d'incarner une péquenaude à Off Broadway dans la production du Culture Project de "Guardians", une pièce-diptique délibérément provoquant par Peter Morris. A travers des monologues s'alternant, faisant collision bizarrement, elle explore le scandale de la prison Abu Ghraib à partir du point de vue d'un journaliste opportuniste pour tabloïde anglais (le nominé aux Golden Globes, Lee Pace), qui falsifie des photos de torture pour faire avancer sa carrière, et une soldat américaine disgraciée mais rebelle (Melle Moennig) faisant face à une cour martiale pour poser dans des photos de torture dans prison iraquienne où elle était postée. Toute ressemblance avec la soldat Lynndie R. England est pure intentionnelle.
"C'était le challenge", dit Melle Moenning, qui a déclaré avoir étudié des apparitions télévisées de Mme England et avoir lu ses commentaires récents faits lors de son séjour en prison. "Ne pas nécessairement l'imiter. Je savais que le personnage n'était pas seulement basé sur elle. On ne se ressemble pas, et je ne peux pas dire que Lynndie England a une personnalité très vivace. La première fois que j'ai entendu parlé du scandale, j'ai pensé "Comment une fille a-t-elle pu faire quelque chose comme ça?"
Après avoir intégré la pièce, Melle Moennig a révisé son opinion. "Elle parle de pouvoir, de la façon dont les gens désespérés font des choses désespérées," dit-elle. "Le message est très clair: ce pouvoir peut être complètement mal placé, et, à cause de cela, beaucoup de choses tournent mal. Je suis tombée amoureuse de ce personnage: elle ne joue pas à la victime, et elle ne s'excuse pas."
Elle est, depuis le début, similaire à la description qu'à fait Melle Moennig de son personnage de "The L Word" pendant la troisième saison de la série: "une plaie ouverte."
Le metteur en scène de la pièce, Jason Moore, mieux connu pour son côté plus léger en tant que metteur en scène nominé aux Tony Awards pour "Avenue Q" a dit, "Kate a eu le rôle parce qu'elle possède, parmi d'autres choses excellentes, la chose à laquelle je porte le plus de valeur chez un acteur: l'audace. Et ce rôle l'exige."
Dans "Guardians", la garde-robe primaire de Melle Moennig consiste en une ample combinaison de prison orange. Elle ne porte pas de maquillage, et ses cheveux sont attachés en une queue de cheval peu flatteuses. Elle trouve ça "excitant" de jouer un rôle "où je peux dégager les cheveux de mon visage, et laisser mes sourcils pousser."
"Je ne peux même pas classer la comédie pour la télévision et la comédie dans cette pièce dans la même catégorie," continue-t-elle. "Ca me pousse en dehors de ma zone de confort."
Demandant son droit à la vie privée, Melle Moennig fait d'une politique personnelle le fait de garder secrète son orientation sexuelle.
"Ce n'est pas pour être mystérieuse, c'est vraiment parce que je crois que ça ne regarde personne," dit-elle. "J'ai vu de tout près ce qui peut arriver aux acteurs qui parlent publiquement de leurs couples: leur vie personne est détruite. C'est un jeu du show business, et c'est un jeu auquel je ne jouerai pas." La même chose vaut pour le fait de parler de ses relations avec plusieurs membres de sa famille qui sont aussi dans le business, Gwyneth Paltrow (sa cousine) et Blythe Danner (sa tante). Melle Moennig a clairement fait remarqué que sa carrière n'a pas été avancée par du népotisme.
"Jusqu'ici, je n'ai jamais été dans une position où je pouvais choisir mes rôles," dit-elle. "Je dois manger et je dois payer mes factures." Elle s'est retrouvée dans les dernières étapes des auditions pour le rôle de "Boys Don't Cry" qui a valu à Hilary Swank un Oscar. Mais elle comprend pourquoi elle n'a pas eu le rôle. "Je n'étais pas encore assez mûre," dit-elle. "De plus, être amère est une perte de temps. Tout ce que ça donne envie de faire est de... faire une sieste."
Quand elle a décroché son rôle dans "The L Word", elle n'avait pas travaillé pendant un an. "J'aimais le risque qu'il y avait derrière, mais j'ai pensé, "Soit ça sera un succès du tonerre, soit ça sera un flop," observe-t-elle.
Cela a été un succès du tonerre. Et, dit-elle, l'ensemble du cast se comporte comme un ensemble même en dehors des caméras: "Je les considère comme mes soeurs."
Dans "Guardians", elle est seule. C'est un essai risqué d'un autre genre: sombrement satyrique, choquant de façon intermittente, caustique jusqu'au coeur. "Rien que le tas de dialogue que je devais apprendre a été un challenge, et puis tout ce qu'il y a derrière le dialogue est un challenge en lui-même," explique Melle Moennig. "Ce n'est pas comme si on pouvait tromper quelqu'un avec ce personnage. Il est réduit à l'essentiel. J'étais terrifiée à l'idée d'accepter le rôle - ce qui est exactement la raison pour laquelle je savais que je devais le faire."